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Une courte histoire de la fraude alimentaire

foodwatch.org, 7 Avril, 2017

On a toujours fraudé avec la nourriture. Mais toujours de manière différente. Sur les marchés du 19ème siècle, on colorait les légumes avec de la poudre de cuivre et on allongeait le lait avec de l’eau sale farineuse. Aujourd’hui, on veille à augmenter ses bénéfices à l’aide de moyens modernes. Ce qui est autorisé, c’est ce que la technique permet et que la politique admet. Autrefois comme de nos jours. 

C’est la faute aux bonbons à la menthe. En 1858, dans un quartier pauvre de la ville anglaise de Bradford, 20 personnes sont décédées et plus de 200 habitants sont tombés malades. L’assistant de l’apothicaire de la ville n’avait pas, comme il le faisait habituellement, allongé la masse de fabrication des bonbons avec du plâtre, mais il y avait par erreur ajouté de l’arsenic. Quand on finit par renoncer à son inculpation parce qu’il n’existait pas de loi pour ce genre de délit, le journal local remarqua: „Le vrai crime, c’est qu’il n’y a pas de loi qui interdise cette pratique du frelatage des produits alimentaires. “ 

Frelatage sauvage

En Angleterre, il y a eu au 19ème siècle un paroxysme du frelatage sans précédent. La mutation rapide de la société en fut la raison: suite à l’industrialisation et à l’urbanisation, l’acheminement des produits du fabricant au consommateur devint plus long et le marché plus anonyme. De plus, le marché était plus ou moins livré à lui-même, le gouvernement, à quelques détails près, ne s’y immisçant pas. C’est seulement quand l’affaire tragique de Bradford eut lieu qu’une législation sur les produits alimentaires fut décrétée, ses principes de base étant: tu n’empoisonneras et tu ne tromperas point.

Plus de 150 ans après, se faire rouler dans la farine est devenu une expérience universelle. Partout où les produits alimentaires sont hautement commercialisés, les fabricants cèdent à la tentation de trouver toutes sortes de combines pour augmenter leurs bénéfices. Aujourd’hui par contre, les producteurs ne frelatent pas leurs produits avec du cuivre, du plâtre ou la poudre de foie de cheval. Ils utilisent des agents améliorants de produits de boulangerie, des arômes, des colorants, des substances qui allongent ou gonflent les produits, ainsi que des conservateurs. Ainsi, le peu devient le plus et, contrairement à jadis, cela est tout à fait légal. 

Des sanctions rigoureuses

Il y a eu des époques qui interdisaient strictement de frelater les aliments. Au milieu du 13ème siècle, il y avait, en Angleterre par exemple, une directive sur le pain qui stipulait qu’une sorte donnée de pain devait avoir telle taille, peser tel poids, contenir tels ingrédients, ainsi que le coût autorisé à être demandé au client pour ce même pain. Les boulangers qui faisaient fi de cette directive étaient poussés dans les rues avec un de leurs pains frelatés autour du cou. Les récidivistes perdaient leur licence. Cette procédure pénale rigoureuse reflète la valeur accordée à l’époque au pain en tant qu’aliment de base. 

Qu’est-ce que les contrôleurs des boulangers du Moyen-âge auraient dit des pains de blé toastés Harry? En plus de la farine, de l’eau, du sel, de la levure, de la semoule de maïs et du glucose, ces pains toastés contiennent une quantité d’additifs sous la forme de E suivis de numéros: acidifiants, stabilisants, émulsifiants et agents de fermentation. On entend souvent dire qu’aujourd’hui les aliments n’ont jamais présenté si peu de risques pour les consommateurs et été d’une telle qualité. Pourtant, pour ce qui est de certaines substances telles les édulcorants, les colorants azoïques ou les graisses durcies industriellement, alors qu’on les croyait inoffensives au départ, on sait maintenant que c’est le contraire qui est le cas. 

Les instruments-miracles d’aujourd’hui

D’autres instruments-miracles de la technologie de l’industrie agroalimentaire ne sont pas directement soupçonnés de mettre la santé en danger, mais sont des succédanés bon marché pour des ingrédients naturels: les arômes. Pour donner à un litre de liquide un goût de pamplemousse frais, 0,2 milliardième de gramme d’arôme suffit. Mais puisque les consommateurs préfèrent des aliments et des boissons naturels, les fabricants dissimulent souvent l’utilisation d’arômes: ils font imprimer des beaux fruits bien ronds sur les emballages et donnent à leurs produits des noms prometteurs. Le fabricant de boissons autrichien Pfanner par exemple, a baptisé une de ses boissons au thé „La physalis jaune-citron“ et a décoré les emballages cartonnés de cette boisson de deux gros physalis. En fait, ce sont des arômes indéfinis qui provoquent „l’expérience gustative“. Cela est écrit en petits caractères, mais effectivement, cela est bien mentionné dans la liste des ingrédients, comme le préconise la législation. Le commentaire du journal local de Bradford pourrait ressembler à ceci aujourd’hui: „Le vrai crime, c’est qu’il y a des lois qui autorisent la pratique du frelatage des produits alimentaires."